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Vrai, le président Ahmed Sékou Touré a bien rencontré l’ayatollah Ali Khamenei en tant que médiateur du conflit Iran-Irak

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Photographies d'archives : Ahmed Sékou Touré lors d'un déplacement diplomatique (à gauche) et une audience avec l'imam Khomeiny en présence d'une délégation africaine (à droite), illustrant les visites évoquées dans cet article.
Déclaration
Dans les commentaires sous la publication certains internautes se sont montrés sceptiques sur l’authenticité de ces propos. Un internaute parle « d’un montage IA », un autre nie toute rencontre entre le guide de la révolution iranienne et le président Ahmed Sékou Touré
Verdict : Correct
Bien que certaines personnes aient des doutes, voire démentissent carrément l’existence d’une rencontre entre l’ancien président guinéen Ahmed Sékou Touré et l’ancien guide suprême de la révolution iranienne Ali Khamenei, les recherches de GuineeCheck confirment bel et bien une rencontre entre les deux hommes.

Dans une vidéo publiée sur la page Facebook RVD-TV, on entend des propos traduits en voix off attribués à l’ancien guide suprême iranien Ali Khamenei, disant se souvenir d’une rencontre qu’il avait eue avec le premier président de la Guinée, Ahmed Sékou Touré. Elle rapporte des propos que l’ancien chef de l’Etat guinéen aurait tenus lors d’un déplacement en Iran, en tant que médiateur lors du conflit Iran-Irak.

Dans la séquence de 43 secondes, on voit l’ancien guide de la révolution iranienne s’adresser à des jeunes dans une salle remplie. Dans la description, l’auteur de la publication affirme que cette rencontre s’est tenue lors d’une visite du guide iranien dans la province d’Ispahan entre fin octobre et début novembre 2001.

Selon la traduction proposée, Ali Khamenei déclare : « Peu de personnalités, ai-je vu, parmi les hommes politiques du monde avec la force de personnalité de ce monsieur Ahmed Sékou Touré. Il est venu en Iran à plusieurs reprises, environ trois fois. Mais lors des rencontres privées, dans la voiture, lors des déplacements, il a dit de bonnes choses. Parmi les choses qu’il a dites, il y avait ceci : “il a dit que si après la révolution, vous n’aviez pas été attaqués, s’il n’y avait pas eu d’attaque militaire contre vous, il se serait étonné ». La rédaction de GuineeCheck.org n’a pas été en mesure de confirmer ou d’infirmer la traduction parfaite de ses propos.

Ces propos trouvent une résonance particulière depuis le 28 février 2026, date à laquelle les États-Unis et Israël ont lancé une vaste offensive militaire contre l’Iran, dans le but déclaré de provoquer un changement de régime à Téhéran. Ce conflit, qui s’est étendu à plusieurs pays du Golfe, a coûté la vie au guide suprême Ali Khamenei dès le premier jour des frappes. C’est dans ce climat que la vidéo attribuant à Ahmed Sékou Touré une réflexion sur une possible attaque militaire contre l’Iran a resurgi sur les réseaux sociaux.

Cependant, dans les commentaires – sous la publication -, certains internautes se sont montrés sceptiques sur l’authenticité de ces propos. Un internaute parle « d’un montage IA », un autre nie toute rencontre entre le guide de la révolution iranienne et le président Ahmed Sékou Touré. Des remarques qui contrastent avec d’autres commentaires qui saluent « la grandeur » du premier président guinéen et y voit en ces propos une « reconnaissance internationale » de taille.

Face à cette polarisation, la rédaction de GuineeCheck.org a entrepris de vérifier si le président Ahmed Sékou Touré a rencontré l’ancien président de la République islamique d’Iran de 1981 à 1989, devenu guide suprême de 1989 jusqu’à sa mort en février 2026.

Notre vérification

Pour vérifier l’authenticité de ces propos, nous avons tout d’abord fait des recherches avancées sur internet avec les mots clés « Ahmed Sékou Touré en Iran », « Ali Khamenei à propos de Sékou Touré » ou encore « Visite du Président Ahmed Sékou Touré en République islamique d’Iran ».

Ces recherches nous renvoient vers des archives de l’Agence de Presse de la République Islamique d’Iran (IRNA) . Celle-ci confirme avec photos à l’appui la présence d’Ahmed Sékou Touré en Iran dans le cadre d’une mission de médiation pendant la guerre entre l’Iran et l’Irak. Les archives de l’époque rapportent qu’une délégation islamique – composée de plusieurs pays musulmans – dirigée par le président Ahmed Sékou Touré s’est rendue en Iran pour rencontrer les autorités du pays dont l’imam Rouhollah Khomeiny, alors Guide de la révolution islamique. Le président de la Guinée était à la tête de cette délégation en tant que président du comité islamique de paix de l’Organisation de la Conférence islamique (OCI). L’agence de presse rapporte que c’est le 4 mars 1981 que le président Sékou Touré est arrivé à Téhéran en tant que chef de la délégation de médiation. Ali Khamenei, qui deviendra président de la République islamique d’Iran en octobre 1981, confirmera plus tard avoir lui aussi rencontré Ahmed Sékou Touré à plusieurs reprises.

Photographies d’archives : Ahmed Sékou Touré lors d’un déplacement diplomatique (à gauche) et une audience avec l’imam Khomeiny en présence d’une délégation africaine (à droite), illustrant les visites évoquées dans cet article.

Elle rapporte ce discours tenu par le guide suprême Ali Khamenei en 2003 à propos de ses rencontres avec l’ex-président guinéen Ahmed Sékou Touré. « Au cours des premières années de ma présidence, Ahmed Sékou Touré, le président de la Guinée qui était une remarquable personnalité révolutionnaire, respectable, savante et politique en Afrique et qui était respecté en Europe et dans le monde entier, s’est rendu en Iran et lors de la rencontre avec moi, il a dit qu’il n’était pas surpris de l’invasion de l’Iran par l’Irak après la Révolution. C’est parce qu’à en juger par l’expérience, l’une des choses que les puissances arrogantes font contre la majorité des pays indépendants est qu’ils utilisent la pression militaire pour les empêcher d’atteindre les objectifs et les valeurs qu’ils se sont fixés en engageant leurs ressources financières et humaines dans une guerre. C’était le plan que l’ennemi avait préparé contre nous [les Iraniens]…», a rapporté l’agence IRNA.

Des confirmations par la presse guinéenne et des témoignages

Au cours de nos recherches, nous avons également retrouvé des articles de la presse guinéenne qui, basés sur les archives de l’IRNA, confirment la rencontre entre les deux personnalités. C’est le cas de cet article du site d’informations Guinée360, ou de cet autre article d’Africaguinee.com dans lequel, l’ancien ministre de la Sécurité Madifing Diané parle du rôle de médiateur d’Ahmed Sékou Touré dans le conflit Iran-Irak et de ses relations avec Ali Khamenei. Ce contenu a été publié en juillet dernier à l’occasion de la présentation officielle des condoléances au peuple iranien à la suite de la mort du guide suprême de la révolution iranienne, tué dans les bombardements américano-israéliens au début de la guerre contre l’Iran le 28 février 2026.

Contrairement à une affirmation de Madifing Diané selon laquelle Ahmed Sékou Touré aurait personnellement dirigé une prière collective lors de cette rencontre, les archives de l’IRNA indiquent qu’il y a seulement assisté, cette prière ayant été dirigée par l’imam Khomeiny.

Lors de cette cérémonie, l’ancien ministre de la Sécurité et de la Protection civile, Madifing Diané, a fait quelques confidences sur la médiation guinéenne dans ce conflit au Moyen-Orient, confirmant au passage la rencontre entre le président Sékou Touré et l’Ayatollah Ali Khamenei. En outre, il a affirmé avoir participé à plusieurs rencontres entre les deux hommes aux côtés du président Ahmed Sékou Touré pour tenter de concilier les positions entre Iraniens et Irakiens. « J’ai eu le privilège de me rendre à neuf reprises en Iran et de rencontrer neuf fois Saddam Hussein [le président de l’Irak d’alors] dans le cadre des négociations de paix. Nous avons parcouru un long chemin pour rapprocher les positions… », a-t-il déclaré.

Dans le cadre de la rédaction de cet article, nous avons sollicité la participation de l’ambassade de la République Islamique d’Iran en Guinée et échangé avec Madifing Diané. Mais au moment de la diffusion de cet article, nous attendons toujours leurs réponses à nos questions.

La guerre s’est poursuivie jusqu’en 1988

Malgré les nombreuses initiatives diplomatiques engagées pour mettre fin à la guerre Iran-Irak, notamment celle menée par l’ancien président Ahmed Sékou Touré, qui avait été mandaté par l’Organisation de la Conférence islamique (OCI) pour contribuer à rapprocher les positions de Téhéran et de Bagdad, le conflit s’est poursuivi pendant quatre ans après le décès du leader guinéen en mars 1984. Donc, la guerre n’a pris fin qu’en 1988.

L’Iran a fini par accepter la résolution 598 du Conseil de sécurité des Nations unies, ouvrant la voie à un cessez-le-feu, adoptée en juillet 1987 et entrée en vigueur le 20 août 1988 après son acceptation par les deux parties.

Verdict

Bien que certaines personnes aient des doutes, voire démentissent carrément l’existence d’une rencontre entre l’ancien président guinéen Ahmed Sékou Touré et l’ancien guide suprême de la révolution iranienne Ali Khamenei, les recherches de GuineeCheck confirment bel et bien une rencontre entre les deux hommes. En mars 1981, l’ancien chef de l’État guinéen a conduit une délégation de l’Organisation de la Conférence islamique (OCI) à Téhéran dans le cadre des efforts menés par les pays musulmans pour favoriser un règlement négocié du conflit entre l’Iran et l’Irak (1980-1988).

Le président Sékou Touré a ainsi participé à des initiatives visant à encourager le dialogue entre les deux parties. Mais ces efforts, comme d’autres médiations internationales, n’ont pas permis de parvenir immédiatement à un accord mettant fin aux hostilités. Il a fallu attendre 1988, après huit années de combats et de nombreuses tentatives de médiation, mais aussi quatre ans après la mort du premier président de la Guinée, pour que la guerre s’achève, après l’entrée en vigueur de la résolution 598 du Conseil de sécurité de l’ONU.


Cet article a été écrit par Mamadou Ciré Barry et Mariama Bailo Diallo (stagiaire). Il a été édité par Thierno Ciré Diallo et approuvé par Sally Bilaly Sow.

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