Partager la publication "De Premier ministre à la liberté conditionnelle, retour sur le parcours judiciaire de Kassory Fofana"
De chef du gouvernement à détenu, puis bénéficiaire d’une liberté provisoire pour raisons médicales, le parcours de Dr Ibrahima Kassory Fofana résume à lui seul les secousses politiques et judiciaires qu’a connues la Guinée ces dernières années. Ancien pilier du régime d’Alpha Condé, il est aujourd’hui au centre d’un dossier emblématique de la lutte contre les infractions économiques dans le pays.
Économiste de formation, Kassory Fofana fait son retour en Guinée après un exil prolongé et fonde en octobre 2009 son parti, Guinée pour tous (GPT). Candidat à la présidentielle de 2010, il obtient un score modeste (0,66 % des voix, 11e sur 24 candidats) mais choisit de soutenir Alpha Condé au second tour. Ce choix politique s’avère déterminant.
Progressivement, il s’impose comme un acteur clé du pouvoir. Nommé ministre d’État à la présidence chargé des Investissements et des Partenariats public-privé (2014), il accède ensuite au poste de Premier ministre en mai 2018, fonction qu’il occupe jusqu’au 5 septembre 2021.
Ce jour-là, un coup d’État dirigé par Mamadi Doumbouya met fin au régime en place. La junte, réunie au sein du Comité national du rassemblement et du développement (CNRD), dissout les institutions et engage une vaste réorganisation de l’appareil d’État. Pour les anciens dirigeants, une nouvelle phase s’ouvre, celle des poursuites judiciaires.
C’est dans ce contexte que les autorités de transition mettent en place la Cour de répression des infractions économiques et financières (CRIEF), chargée de juger les affaires de détournement de fonds publics et autres infractions économiques majeures.
Ibrahima Kassory Fofana est rapidement visé. Arrêté en avril 2022, il est placé sous mandat de dépôt formel le 31 mai 2022, poursuivi pour détournement de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux. Son incarcération à la maison centrale de Conakry marque un tournant dans son parcours.
Le 27 février 2025, la justice tranche : il est reconnu coupable et condamné à cinq ans d’emprisonnement ferme, à une amende de deux milliards de francs guinéens, ainsi qu’à la confiscation de ses biens. Il est également tenu de rembourser 15 milliards de francs guinéens à l’État guinéen, ainsi que 3 milliards supplémentaires à titre de dommages et intérêts.
Cependant, tout au long de la procédure, son état de santé est régulièrement évoqué par ses avocats, expliquant notamment ses absences répétées aux audiences.
Une liberté provisoire qui ne met pas fin aux poursuites
Le 5 mars 2026, la chambre d’appel de la CRIEF lui accorde une liberté provisoire, à la suite d’une requête du parquet. Cette décision intervient après plusieurs mois de débats autour de la dégradation de son état de santé.
Il ne s’agit toutefois ni d’un acquittement ni d’une annulation de sa condamnation. L’ancien Premier ministre reste sous le coup des décisions judiciaires, mais bénéficie d’un aménagement en raison de sa condition médicale. Selon ses avocats, il demeure sous soins intensifs et ne peut regagner son domicile.
Cette évolution relance les discussions dans l’opinion publique, notamment après une déclaration de l’ex Procureur spécial de la CRIEF, Aly Touré, affirmant que les soins médicaux du détenu ont coûté plus de 15 milliards de francs guinéens à l’État. Le lendemain, Aly Touré s’est retracté ramenant à plus de 3 milliards francs guinéens le montant des soins médicaux.
Cet article a été rédigé Hassatou Kolon BAH. Il a été édité par Thierno Ciré Diallo et validé par Sally Bilaly Sow.














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